LA PAROISSE SAINT-THOMAS 1781-1981

Il faut remonter à 1672 pour retracer l'organisation de l'église catholique dans la partie sud du Nouveau-Brunswick et l'isthme de Chignectou. C'est à cette date, en effet, que fut fondée la paroisse de Beaubassin, aujourd'hui Amherst, à vingt-cinq milles au sud-est de Memramcook. De Beaubassin émigrèrent colons, pêcheurs, aventuriers qui s'établirent sur les rivières Chipody, Petitcodiac et Memramcook. Vers 1700, des missionnaires de Beaubassin leur rendaient visite à des époques indéterminées. Après la prise du fort Beauséjour, aujourd'hui Cumberland, cette immigration s'intensifia notablement: pour fuir les Anglais, les Acadiens traversaient le marais de Sackville et cherchaient un refuge au-delà du grand bois, dans les prés verdoyants des rives de la Memramcook.

Première chapelle

En 1754, pour accommoder les 200 familles déjà établies, on construisit sur la rive sud de la Memramcook une chapelle sise sur une propriété située entre le village actuel du College Bridge et le pont Rockland. Cinq ans après la "déportation", vers 1760, un Anglais acheta - ou s'en empara - cette propriété et démolit la chapelle dont il employa les matériaux à la construction de ses bâtiments de ferme. Les missionnaires continuent leurs visites, mais, probablement pour ne pas donner l'éveil aux Anglais, exercent leur ministère dans les maisons privées des habitants, dont le nombre s'est considérablement accru.

Croix commémorative

Deuxième chapelle

Cette situation provisoire cessa en 1780; on construisit la première église cette fois sur la rive ouest de la rivière Memramcook. C'était à la Montain, sur le terrain de Gabriel à Jacques Léger. sur la route qui conduit de Saint-Joseph à Moncton à un mille environ de l'église actuelle, ce qui indique que la population était regroupée surtout du côté de la Montagne et de la Hêtrière. Une grande croix commémorative en fer forgé indique encore le site de cette chapelle devenu la propriété de la fabrique de Saint-Thomas

Premier missionnaire résident

Le premier missionnaire résident, l'abbé J.-François-Thomas LeRoux arriva en 1781 ou 1782. Les archives du diocèse de Québec sont muettes sur les fondations de plusieurs paroisses de l'époque. Le Père Pacifique, capucin, estime à 1781 la fondation de la plus vieille paroisse acadienne encore existante, avant Caraquet (1784) et Saint-Basile (1792). L'abbé Leroux, prêtre breton, avait fait du ministère aux Iles-de-la-Madeleine et au Cap-Breton avant d'être appelé par Mgr Briand à prendre la charge de Memramcook et de ses missions, un territoire de 55 milles de longueur, s'étendant de Cocagne à Menoudy en Nouvelle-Ecosse. Leroux était dans la cinquantaine à ce moment. Il mourut en 1794 et fut inhumé sous le sanctuaire de sa petite église, à laquelle il avait donné comme patron saint Thomas, apôtre. Son successeur fut l'abbé Thomas Power, prêtre d'origine irlandaise, mais parlant suffisamment le français. Il servit la population de 1794 à 1804.

Incendie de l'église

En 1795, cette église couverte en chaume devint la proie des flammes allumées, dit-on, par un feu d'abatis. La reconstruction donna lieu à de longues et pénibles discussions. Les uns optaient pour le même site, les autres pour le site actuel, sans doute pour accommoder les paroissiens établis sur la rivière Petitcodiac, à Pierre-à-Michel et à "la Pré-d'en-Haut", comme on disait alors. Finalement ce dernier partie l'emporta et la nouvelle église fut construite à Saint-Joseph, sur le site actuel que les mécontents appelaient la "grenouillère de la Butte à Pétard.

L'abbé Ciquard

Le premier missionnaire desservant Memramcook à porter le titre de curé, et à introduire des registres pour y inscrire baptêmes, mariages, sépultures, fut l'abbé Ciquard qui succéda à l'abbé Power en 1804. II commença en 1811, à quinze ou vingt pieds de l'église actuelle, la construction d'une grande église en bois afin de remplacer celle de 1796, devenue trop étroite pour les besoins de ia population toujours croissante. Mais dès que la charpente fut élevée, le travail traîna en longueur; si bien que deux entrepreneurs successifs abandonnèrent la besogne.

L'abbé Brodeur

Nommé curé en 1812, l'abbé Brodeur signe avec les syndics le contrat de la construction de l'église commencée par l'abbé Ciquard, mais "tout à reprendre", d'après une lettre de l'abbé Brodeur à Monseigneur Plessis. Cette église devait avoir 72 pieds par 40, coûter 700 livres sterling et être terminée au commencement de septembre 1816. L'entrepreneur ne put pas exécuter le contrat pour cette somme: il y perdit sa terre. Ce fut le curé lui-même qui, de peine et de misère, dut terminer les travaux. Le 25 février 1818, il eut la consolation, un peu tardive, de célébrer la première messe dans le nouveau temple.

Succession des curés

De 1818 à 1840, les chroniques ne mentionnent que les noms des curés qui se sont succédés à Memramcook. Ils étaient tous du diocèse de Québec. Charlottetown avait été érigé, en 1819, en diocèse suffragant de Québec et comprenait l'Ïle-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick et le Cap-Breton, mais il n'avait pas de prêtres franais à préposer aux paroisses acadiennes. Ces curés furent les abbés Isidore Poirier (1818-1821), Louis Gingras (1821-1825), Célestin Gauvreau (1825-1829), Ferdinand Gauvreau, frère du précédent (1829-1832), J. Walsh (1832-1833), Antoine Gagnon, curé pro tempore de juillet à octobre, Joseph Couture (1833-1836). L'abbé Ferdinand Gauvreau revint une seconde fois et fut curé de 1836 à 1852.

L'église de pierre

C'est ce dernier qui, en 1840, posa les fondations de l'église en pierre existant encore de nos jours. Les travaux furent suspendus, l'année suivante, à cause d'une grande dépression monétaire, qui se fit sentir en Angleterre et aux États-Unis, aussi à cause de très mauvaises récoltes pendant deux ou trois ans. On put toutefois reprendre les travaux en 1845, mais le manque d'argent obligea à réduire les murs de quatre pieds en hauteur. L'extérieur fut terminé en 1847.

L'abbé F.-X. Lafrance

M. l'abbé F.-X.-S. Lafrance

II fut le douzième curé et le dernier prêtre séculier à administrer la paroisse de Memramcook et ses missions de 1852 à 1864. A l'arrivée de l'abbé Lafrance, il y avait dans la paroisse même de Saint-Thomas 430 familles; les missions de Scoudouc, Saint-Anselme, Moncton et Irish Town renfermaient chacune une cinquantaine de familles catholiques. Nous n'avons aucunes statistiques pour celles de Port Elgin, Melrose, Amherst, Nappan et Menoudy. En 1854, juste dix ans avant l'arrivée du père Lefebvre, l'abbé Lafrance ouvrit son séminaire Saint-Thomas, qui dut fermer ses portes en 1862 par suite de difficultés insurmontables. C'est aussi lui qui en 1855 fit terminer l'intérieur de l'église: "Ce sera, dit-il, la plus belle église du diocèse après la cathédrale". Elle fut consacrée en la fête de l'Assomption, 15 août 1856, par Monseigneur Conolly, évêque de Saint-Jean.

En 1864, l'abbé Lafrance alors malade, après entente avec Monseigneur Sweeney, évêque de Saint-Jean, et par son entremise, remet à la congrégation de Sainte-Croix ses biens, ses oeuvres et même sa cure de Memramcook. II va prendre charge de la petite paroisse de Barachois, où il meurt, le 26 novembre 1867, assisté du père Bazoge, qui lui succède. Ses restes sont d'abord inhumés dans la crypte de l'église de Memramcook et attendant d'être transportés au cimetière en 1889; un beau monument de granit rouge perpétue la reconnaissance de ses paroissiens.

Monument du Père Lafrance au cimetière de Memramcook

Chapelle de Beaumont

Sur la rivière Petitcodiac, à huit milles environ de l'église Saint-Thomas, existait depuis 1839 une réserve de Micmacs occupant presque toute la pointe au confluent des rivières Petitcodiac et Memramcook. "Quand ils virent en 1842 que l'on commençait à bâtir à Memramcook la grande église en pierre, il décidèrent à leur tour de construire, avec l'aide des Acadiens des environs, la chapelle de Ste-Anne, qui fut terminée l'année suivante. Les curés de Memramcook y allaient de temps en temps faire les offices". (Père Pacifique). Depuis 1943, la chapelle relève de la paroisse du curé de Pré-d'en-Haut. Les dernières familles de Micmacs sont disparues de Beaumont depuis mais la chapelle a été maintenue avec messe tous les dimanches d'été pour les estivants. De 1850 à 1896, les carrières de Beaumont furent assez actives; on les abandonna à cause de certaines taxes qui rendaient l'exploitation trop coûteuses.