LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME-DU-SACRÉ-COEUR

En 1873, les Soeurs de la Charité de Saint-Jean acceptaient l'invitation du Père Camille Lefebvre de venir fonder un poste d'enseignement à Saint-Joseph de Memramcook. Le couvent de Notre-Dame-du-Sacré-Coeur qu'elles occupèrent en arrivant brille assurément par son absence de prétention. Pourtant, cinquante et un ans plus tard, il allait devenir la pierre angulaire d'une nouvelle Congrégation.

Couvent de Notre-Dame du Sacré-Coeur

Pendant ce demi-siècle, les Soeurs de la Charité s'acquittèrent de leur mandat d'enseignantes avec beaucoup d'intérêt et de succès. Les externes venaient de la paroisse, il va sans dire, et les pensionnaires d'un peu partout dans les environs. A l'époque, la tradition orale primait souvent sur les documents écrits; c'est pourquoi, les statistiques ne sont pas faciles à établir, mais il est certain que beaucoup de femmes, institutrices ou autres, ont aidé à rehausser le niveau intellectuel et religieux grâce à leur formation reçue au Couvent.

Parmi les Soeurs de langue française qui vinrent à Saint-Joseph, une d'elles, Soeur Marie-Anne (Suzanne Cyr), avait un sens exceptionnel des réalités concrêtes tout en sachant rêver grand pour l'avenir Elle oeuvra à Memrarncook de 1875 à 1998.

En ces trente-trois ans, elle reussit, au milieu de multiples fonctions, à donner le goût de la culture française qu'elle savait nécessaire à notre survie en tant que groupe ethnique. Quelques années après son départ, les gens de la paroisse s'aperçurent que les Soeurs de la Charité, malgré leur bonne volonté que personne ne met en doute, n'arrivaient pas garder le standard de français établi. Ils n'hésitèrent pas à présenter une pétition respectueuse mais ferme à la Supérieure Générale pour que les jeunes filles reçoivent l'enseignement du français commme au temps de Soeur Marie-Anne.

C'est assurément à la suite des efforts déployé au Couvent de Saint-Joseph et de la nature des difficultés rencontrées que Soeur Marie-Anne mûrit l'idée d'une nouvelle Congrégation issue des Soeurs de la Charité. Avec cinquante-deux compagnes, elle put réaliser son projet en 1924. Jamais elle ne songea à placer la Maison-Mère ailleurs qu'à Saint-Joseph à l'endroit où avait été construit le petit couvent en 1873. Entre temps, deux ailes s'y étaient ajoutés; plus tard, il y en eut deux autres de sorte qu'en 1929, le couvent avait l'allure de la photo au haut de cette page.

Durant la Guerre 1939-45, cet édifice pouvait desservir deux-cent-cinquante pensionnaires et une soixantaine d'externes. Le rayonnement culturel et religieux atteignit la population féminine francophone des Maritimes et d'une partie du Québec. Ainsi, le Couvent Notre-Dame-du-Sacré-Coeur contribua avec l'Université à rehausser le relief de la paroisse de Memramcook. Ajoutons que l'école du village de Saint-Joseph fut longtemps dirigée par les Soeurs de la Charité et les Religieuses de Notre-Dame-du-Sacré-Coeur.

Quelques religieuses sont encore à Saint-Joseph et toutes y ont séjourné au moins pendant leur postulat et leur noviciat. Une randonnée en ces lieux historiques évoque toujours chez nous des liens et fidélité avec le passé et nous fait espérer en l'avenir C'est là que chacune est conduite à son dernier repos. Ce cimetière, providentiellement gardé à l'endroit même de notre fondation, n'est pas pour nous un symbole de mort mais une promesse de vie et de continuité. La Congrégation est faite de celles, qui ont vécu, de celles qui y vivent et de celles qui y vivront. La photo de ces rangées de pierres tombales, c'est pour nous un grand signe d'espérance et un gage de notre profonde amitié avec les bonnes gens de Memramcook.
Les religieuses de Notre-Dame du Sacré-Coeur par Soeur Marie-Dorothée, N.D.S.C.